Profitant de la venue de Watcha au festival du Cabaret Vert, une petite mise au point s’impose quant à l’avenir du groupe. C’est Butcho et Fred qui nous en parlent dans une interview qui nous révèle bien des choses…




 

 

JB : Commençons par l’actualité brûlante de Watcha, c’est-à-dire le départ de Keuj et de Pendule…

 

Fred : Oh ce n’est pas si brûlant que ça ! Donc oui on est en plein dedans. Il ne reste que trois dates avec eux. Ils nous ont dit ça au début de l’été. On a laissé passer l’été et là on est en pleines auditions. On a commencé cette semaine, on a peut-être trouvé un batteur mais c’est pas sûr, on a surtout vu beaucoup de bassistes mais rien n’est réellement officiel pour l’instant…

 

Donc on peut être rassuré, si vous êtes en pleines auditions c’est que Watcha continue bel et bien…

 

Ba oui on a déjà des morceaux !

 

Déjà ?

 

Butcho : Oui ça fait un an que le dernier album est sorti, en septembre 2005. Faut qu’on carbure d’ailleurs !

 

Reparlons-en de Phénix. On a un peu senti de votre part une volonté de démocratiser la musique de Watcha mais en même temps, la patte Watcha, celle qu’on connaît depuis votre premier album reste bien présente, c’est surtout votre côté mélodique qui a été renforcé…

 

Si tu écoutes notre premier album, il y a de la mélodie sur les refrains, il y en a partout, sur le deuxième aussi. Sur le quatrième la mélodie c’est sur un morceau entier. Quand tu prends le titre « Un jour » c’est de la mélodie tout le long au lieu que ce soit sur une parcelle comme il y avait sur les autres albums. On a voulu faire aussi des morceaux rentre-dedans comme « Dimebag », « Plus fort », « Sam4 », on a bien séparé le côté bien brutal des morceaux mélodiques, c’est moins collage.

Fred : de toute façon ça a déçu des gens car effectivement il y a plus de mélodie que d’habitude, faut pas se voiler la face. Il y a des gens qui voudraient se prendre une bonne grosse décharge bien technique comme on faisait sur nos anciens albums mais nous on avait envie de faire des chansons, mais ça a choqué des gens. Ils ont jugé que sur le single « Un jour » qu’ils ont trouvé trop mélodique et du coup ils ont jugé sans écouter l’album. Mais nous on n’a pas de problème avec ça…

 

Donc quel est l’accueil du public par rapport à Phénix ?

 

Butcho : les gens sont venus moins nombreux déjà, et au fur et à mesure ils se sont dits au final  : « Watcha ça reste du Watcha ! », ça rentre-dedans, les morceaux sont retravaillés.

Fred : Ils ont flippé au début et là ça augmente à chaque fois.

 

C’est vrai que le titre « Un jour » est loin d’être significatif à lui seul de Phénix !

 

Butcho : non pas du tout ! Tu prends par exemple « Dimebag » ou la reprise de Kiss, c’est du Watcha c’est sûr ! Tu vois « Un jour » on le joue en acoustique.

 

Vous le jouez ce soir ?

 

Non je crois pas qu’on aura le temps, je serais plutôt pour mais ça dépend des plannings de festival qui sont différents…

Fred : quoi qu’il en soit, j’ai l’impression que quand tu prends un virage musical dans ce pays, c’est tout de suite sujet à critiques et je trouve qu’on peut te tourner le dos assez rapidement par rapport à ça. Donc quand on dit que dans le rock il y a un public vraiment fan qui ne bouge pas, nous on peut dire le contraire parce qu’on a perdu une bonne partie de nos fans de base. On pensait pas que ça irait à ce point-là quand même.

 

Vous pensez qu’en France le public rock manque d’ouverture d’esprit ?

 

Je pense oui.

Butcho : non il donne des jugements hâtifs, c’est typique de la France. Tu fais un titre qui passe à la télévision t’es de la merde ! t’aimes pas le titre donc tout l’album c’est de la merde, sans écouter. Après y’a des gens super obtus qui vont continuer à dire c’est de la merde même si ils aiment bien.

Fred : nous on s’est battu toute notre carrière pour essayer de donner notre son à un média qui puisse être diffusé plus facilement, radio et pourquoi pas télévision, parce qu’effectivement il y a beaucoup de daube qui tourne sur ces trucs-là. Pourquoi nous quand on est acteurs on se fait traiter de vendus, c’est complètement absurde ! Ces gens-là sont les premiers à critiquer ces chaînes en disant « c’est de la daube » et le jour où il y a quelque chose qui change, que eux écoutent dans leurs chambres ou dans la salle de concert de la région, dès que c’est diffusé sur un gros média, d’un seul coup, on est une merde ! Ils ont l’impression de perdre leur appartenance. C’est très bizarre, c’est très français je pense.

Butcho : dans le métal, dans le rock, si tu vends trop t’es une merde, si tu vends pas assez t’es une merde

Fred : si Slipknot passait sur M6 je serais heureux !

Butcho : moi aussi je serais heureux ! Je serais pas à dire : « ouais vendus ! »

 

Je vous sens un petit peu amers !

 

Fred : non non t’inquiètes, aucun souci ! Y’a juste qu’il y a des gens qui ont été durs, des gens qui oublient vite qu’on a quand même sacrifié toute notre vie pour faire cette musique-là pour eux, pour jouer devant trois cents personnes pendant cent vingt dates. Les gens ils ne se rendent pas compte du boulot que c’est, des heures et des heures que ça représente. Après Pleymo ils ont vécu la même chose, Enhancer ils ont vécu la même chose, Mass aussi, tout le monde le vit parce que tout le monde a envie de faire sa petite chanson qui marche à un moment donné, et je te cache pas que nous aussi on a essayé de faire ça mais bon, ça n’a pas pris. C’est pas grave, on fera autre chose !

 

Mais tous ces précurseurs en la matière, y’a vous, Mass Hysteria, Pleymo ou Enhancer,  je trouve que vous êtes les seuls à être resté proches de ce que vous faisiez à vos débuts. Mass Hysteria est par exemple devenu méconnaissable…

 

C’est vrai je suis d’accord. En même temps je suis en train de produire le prochain Mass Hysteria, je peux te dire que ça revient aux sources mais alors… puissance 20 ! Ils sont en train de faire un Contraddiction encore plus vénère ! Ils ont digéré aussi ça, faut retenir les expériences. Là ils reviennent avec un putain de disque ! Alors maintenant est-ce que les gens vont revenir ou vont suivre je ne sais pas. Mais en tout cas là ils font un truc qu’ils maîtrisent de A à Z et qui est vraiment bien !

 

Est-ce que ce phénomène est uniquement du au fait que vous vous soyez tous retrouvés signés sur major ?

 

(silence) Peut-être… si tu veux on a fait deux disques en label indépendant. Après on est passé chez Yelen Music qui étaient des zombies dans une major, c’était quand même chez Sony faut pas se voiler la face. La personne qui gérait ça, Patricia Bonneteau, c’était la plus underground possible et imaginable. Ca été la porte d’ouverture pour nous. Puis ce label-là a été en gros évincé au moment des grands nettoyages et puis nous on s’est retrouvé là, qu’est-ce qu’on fait ? Nous aussi on est viré ? Comment ça se passe ? Et puis c’était aussi dépendant du label Columbia et ils nous ont dit : « Yelen c’est fini mais vous on vous aime bien vous restez. Si vous voulez on vous propose un contrat, vous restez chez Columbia ». Tu n’as pas ça tous les jours dans ta vie !

 

Qu’est-ce que ça a provoqué comme changement ?

 

Ca n’a rien changé dans le sens où de toute façon on produit nos albums nous-mêmes, on a des contrats de licence comme avant, c’est juste que t’es dans une maison plus grande. On va peut-être faire un clip cette année mais absolument rien n’a changé, on n’a pas plus de couv’ dans les magazines, pas plus de pub…

Butcho : même carrément moins !

Fred : oui le disque était moins bien mis dans les bacs ! Les gens ils s’imaginent, « ça y est ils sont chez Céline Dion ! » mais chez Columbia y’a System Of A Down, y’a plein de groupes…

Butcho : je vais te donner un exemple. En concert je fais des petits sondages, savoir combien Watcha peut vendre. Ils disent 100000, 1000000, 1500000 et quand on leur dit la réalité ils tombent des nues ! « Mais vous êtes dans les magazines, vos clips passent à la télévision, on vous voit partout… »

Fred : aujourd’hui que tu sois chez At(h)ome, un label super indépendant ou chez Columbia ça change rien pour le groupe. Ce qu’il faut c’est que le son soit bien et que ce que tu dis ça parle à des gens. A partir du moment où y’a des gens qui travaillent sur ça et qui le mettent en place ça change rien, que tu sois chez Columbia ou ailleurs…

 

Watcha a fait partie des précurseurs d’un style qui s’est développé en France à la fin des années 90 qu’on a appelé « néo-métal », est-ce qu’aujourd’hui vous avez encore l’impression d’« appartenir » à ce courant ?

 

Butcho : moi je n’ai jamais vraiment aimé ce mot de toute façon. C’est tellement dépassé comme mot que je ne préfère même pas l’employer, c’est un peu cramé ! Ces gens qui mettent une étiquette néo-métal alors que pour moi le vrai sens du néo-métal c’est du métal qui évolue selon les années, qui s’adapte selon tout ce que tu as digéré comme influence, c’est ça pour moi le vrai néo-métal. C’est que tu prends chaque année un truc qui te plait et tu le créés dans ton style, tu fais évoluer le métal. C’est ça pour moi le néo-métal.

Fred : on nous a mis cette étiquette-là mais y’a des morceaux on faisait un truc jungle, après on faisait un truc rap après un gros riff… Ce qui est dit néo-métal c’est toujours le gros riff lourd, on n’a pas utilisé cette recette bien longtemps, on a été progressifs je pense dans nos structures.

Bob : c’est du métal qui évolue. Tu prends les démos du début, tu prends maintenant, y’a toujours une évolution par rapport à ce qu’on écoute, toujours. On ne fait pas du métal qui stagne. Par exemple si on écoutait nos fans on ferait « Concrete lie » sur tous nos albums. Mais non, il faut évoluer !

 

Puisque tu parles d’évolution, peux-tu nous parler de votre prochain album ?

 

On a fait trois-quatre titres.

Fred : on en joue un ce soir d’ailleurs un nouveau. Y’a des lignes death, y’a des trucs nouveaux, ça va être plus brutal, ça va être plus funk à un moment donné. Honnêtement on ne sait pas. Par rapport aux refrains bien vainqueurs que Bob sait faire, parce que harmoniquement il a toujours des bonnes mélodies et ça on s’en passera pas, moi j’adore, il gueulera, il fera tout. Ce qu’on aime bien dans ce qu’on écoute, on le mettra forcément à un moment donné. Après ça peut plaire ou pas selon les époques…

Bob : mais nous on fera de notre mieux à digérer nos influences, tout ce qu’on aime bien, pour faire un truc à la Watcha, tout toujours à la sauce Watcha, quoi qu’on fasse. Quand on fait du death c’est du death à la Watcha.

Fred : le fait qu’on change de base rythmique dans les éléments du groupe, il va y avoir encore plus de nouveautés, y’aura d’autres ingrédients.

 

Tout à l’heure je parlais de ce dynamisme à une époque du néo-métal français dont vous avez été l’un des tous premiers à émerger, avec Mass Hysteria, Pleymo, Enhancer etc. On a senti à ce moment-là une grande solidarité entre vous tous. Est-ce que c’est toujours d’actualité ?

 

Fred : si tu veux à un moment il y a eu un grand pic comme tu dis, et puis tout le monde est un peu parti dans son coin. Pleymo est parti chez Sony, Enhancer chez Barclay, nous on est parti chez Yelen, chacun a fait son bout de route, ça a plus ou moins marché, et puis là tout le monde est un petit peu redescendu, ça ne marche plus comme avant, je te parle franchement ! Et puis comme par hasard tout le monde se retrouve. Là on a refait des concerts y’a pas longtemps ensemble, c’était génial, comme à l’époque. Tu prends ces groupes un par un, aujourd’hui on n’attire plus comme avant, tu fais trois-quatre cents, avant c’était le double au moins. T’en prends deux ou trois ensemble et là tu fais un plateau de mille personnes parce que là forcément ça vaut le coup, on essaye de faire une entrée à pas trop cher.

 

J’ai l’impression que le son de cloche un peu à vous tous c’est retour aux sources ?

 

Oui je pense. C’est un peu ça. Mais je te cache pas que nous on fera peut-être un putain de single en plein milieu ! (rires). Nous tu sais on est un peu putassiers !

Moi j’aime bien quand on surprend de toute façon, en bien ou en mal mais au moins il y a une réaction. Il n’y a pas pire de faire ni chaud ni froid aux gens, au moins il se passe quelque chose.

Après moi ce que je trouve bien dans cette scène-là c’est qu’il y a des gens qui y croient toujours, parce que c’est dur de faire un groupe en France, c’est vraiment dur, c’est un travail de tous les jours. Bon alors oui on voit ta gueule dans un magazine mais ça veut rien dire, la réalité est toute autre. C’est beau de jouer sur une belle scène mais après tu rentres chez toi dans ton appartement, y’a pas de starification, ça n’existe pas, c’est pas à outrance du tout. Après y’en a qui voient d’autres choses mais nous on est là pour expliquer, non c’est pas comme ça que ça se passe, ça brille pas tous les jours.

 

Donc motivation intacte !

 

Butcho : pire qu’avant !

Fred : du fait qu’il y’en ait deux qui partent du coup ça nous a ressoudé. Si on trouve le sang neuf qu’on a envie de trouver, je pense que ça va être énorme ! Je vois Lofo à l’époque quand ils ont arrêté avec Farid et Edgar, Pierre est arrivé avec le guitariste de Noxious Enjoyment, leur carrière est repartie ! Ils étaient arrivés à un moment justement où ça chutait complètement, le rock alternatif est tombé au moment où tous les néo-métalleux sont arrivés, ça se mordait un peu la queue. Du coup ils ont trouvé de nouveaux musiciens et c’est reparti de plus belle ! Ils sont soudés comme jamais.

Après c’est de savoir si on a envie de faire ça toute notre vie, honnêtement je ne sais pas. On atteint des âges et à un moment donné il faut savoir se retirer et laisser la place. Ou alors t’es Metallica et tu peux te permettre d’aller loin. Je pense qu’encore un ou deux albums et puis voilà, c’est tout. Musicalement je pense aussi qu’il faut faire autre chose…

Butcho : moi j’aimerais bien arriver à sept albums !

 

Il en manque trois alors !

 

Fred : Ca se trouve ce sera plus ou ce sera moins. J’avoue franchement, si on vend rien, c’est sûrement le dernier. Mais faut au moins que la partie concert assure. Mais après tu ne peux pas être qu’un groupe de scène toute ta vie, il faut faire d’autres trucs je pense.

 

Je vous remercie beaucoup !

 

Fred et Butcho : merci à toi !



Remerciements bien sûr aux deux protagonistes Fred et Butcho pour leur franc-parler ainsi qu’à Keuj. Merci à Jérôme, manager de Watcha et à Nico pour l’organisation de l’interview. Et un dernier merci à Brice d'Emeute Visuelle pour la photo.

 

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